“Les Vitraux de SORO” -“Translucidité du Silence”
Je conçois mes œuvres comme des fenêtres.
Certaines s’ouvrent vers l’extérieur, laissant apparaître des fragments de nature ou des formes végétales. D’autres semblent conduire vers un espace plus intérieur. Certaines encore se tiennent entre les deux, comme si la frontière entre dehors et dedans pouvait simplement s’effacer.
Ce qui m’intéresse n’est pas seulement ce qui apparaît, mais la manière dont une forme advient.
Rien ne se donne entièrement dès le commencement. Les éléments trouvent leur place, se croisent, s’éloignent ou se rejoignent jusqu’à faire émerger un ensemble qui dépasse leur existence individuelle.
Le trait y possède sa propre existence. Chaque ligne porte un rythme, une direction et une identité chromatique qui lui sont propres. Elle se distingue par sa couleur ou par les variations de saturation d’une même teinte. Quelle que soit la profondeur qu’elle traverse, elle conserve sa continuité : chaque ligne relie toujours un point A à un point B. Chacune suit ainsi sa propre trajectoire tout en participant à la construction de l’ensemble.
Lorsque ces lignes se déploient sur plusieurs plans, elles poursuivent leur chemin sans s’interrompre. Ce sont alors les relations entre elles qui évoluent avec le regard. Les tracés se rapprochent, se superposent ou s’écartent. Une structure apparaît, puis une autre. Ce qui semblait lié peut se dissocier ; ce qui paraissait séparé peut soudainement se rejoindre.
L’œuvre ne livre ainsi jamais une seule lecture. Je préfère lui laisser une part d’indétermination.
La forme finale devient alors la conséquence de tout ce qui l’a construite, sans avoir été entièrement déterminée à l’avance.
L’œuvre achevée devient un destin :
un destin sans dessin, un destin sans dessein.
Puis vient ce qui échappe encore au trait.
La précision de la main conduit le geste.
La lumière traverse, révèle et achève ce que la matière seule ne pourrait accomplir.
Ces fenêtres deviennent mes vitraux, là où le visible rencontre ce qui demeure inexprimé.
C’est cette translucidité du silence que je signe SORO.
“The Stained Glass of SORO” -“Translucency of Silence”
I conceive my works as windows.
Some open outward, revealing fragments of nature or organic forms. Others seem to lead toward a more interior space. Some exist somewhere between the two, as though the boundary between outside and inside could simply fade away.
What interests me is not only what appears, but the way a form comes into being.
Nothing is ever fully given from the beginning. Elements find their place, intersect, move apart or come together until they give rise to a whole that exceeds their individual existence.
The line possesses an existence of its own. Each line carries its own rhythm, direction and chromatic identity. It is distinguished either by its color or by variations in the saturation of a single hue. Whatever depth it traverses, it retains its continuity: each line always connects a point A to a point B. In this way, each one follows its own trajectory while participating in the construction of the whole.
When these lines unfold across multiple planes, they continue their path without interruption. It is then the relationships between them that evolve with the viewer’s gaze. The lines draw closer, overlap or move apart. One structure appears, then another. What seemed connected may separate; what appeared separate may suddenly come together.
The work therefore never offers a single reading. I prefer to leave it a degree of indeterminacy.
Its final form thus becomes the consequence of everything that has shaped it, without ever having been entirely determined in advance.
The completed work becomes a destiny:
a destiny without a drawing, a destiny without a design.
Then comes what still escapes the line.
The precision of the hand guides the gesture.
Light passes through, reveals, and completes what matter alone could never achieve.
These windows become my stained-glass works, where the visible encounters what remains unexpressed.
It is this translucency of silence that I sign SORO.